ESG et private equity : ce que les fonds demandent aux entreprises en portefeuille
Si un fonds de private equity entre au capital de votre entreprise, des demandes de données ESG arriveront. Voici ce qu’il demande, pourquoi il le demande, ce qui change avec le SFDR 2.0 et comment vous préparer sans courir après les questionnaires.

Les fonds de private equity demandent aux entreprises de leur portefeuille des données ESG mesurables : émissions de gaz à effet de serre, énergie, déchets, santé et sécurité au travail, diversité et gouvernance. Ils le font parce que le règlement européen SFDR les oblige à communiquer ces indicateurs à leurs propres investisseurs, et parce que les données influencent la valeur de l’entreprise au moment de la cession. La réforme SFDR 2.0, encore en négociation en octobre 2026, changera les catégories de fonds, mais ne fera pas disparaître les demandes.
Pourquoi les fonds demandent des données ESG
Un fonds de private equity lève des capitaux auprès d’investisseurs institutionnels, comme les fonds de pension, les assureurs et les fondations, et les investit dans des entreprises non cotées. Ces investisseurs demandent au fonds de démontrer comment il gère les risques et les impacts ESG. Le fonds, à son tour, répercute ces questions sur les entreprises qu’il détient.
Les raisons sont au nombre de trois, et elles se cumulent généralement :
- obligations réglementaires : en Europe, les gestionnaires doivent publier des informations en matière de durabilité sur leurs produits conformément au règlement SFDR ;
- demandes des investisseurs : de nombreux investisseurs institutionnels demandent chaque année un ensemble d’indicateurs standard sur tout le portefeuille ;
- valeur à la sortie : celui qui rachète l’entreprise au fonds réalisera une due diligence ESG, et des données bien organisées réduisent les décotes sur le prix et la durée des négociations.
SFDR : les règles en vigueur en 2026
Le règlement (UE) 2019/2088, connu sous le nom de SFDR, s’applique depuis le 10 mars 2021 aux gestionnaires de fonds et aux autres acteurs des marchés financiers. Dans la pratique, il a réparti les fonds en trois groupes : ceux de l’article 6, sans caractéristiques de durabilité déclarées ; ceux de l’article 8, qui promeuvent des caractéristiques environnementales ou sociales ; ceux de l’article 9, qui ont un objectif d’investissement durable.
Pour les entreprises en portefeuille, le point le plus concret concerne les principales incidences négatives (PAI, principal adverse impacts). Le règlement délégué (UE) 2022/1288 énumère les indicateurs obligatoires pour les investissements dans des entreprises. Les voici regroupés :
| Sujet | Indicateurs PAI pour les sociétés détenues |
|---|---|
| Climat | Émissions de gaz à effet de serre Scope 1, 2 et 3, empreinte carbone, intensité d’émissions, exposition aux combustibles fossiles |
| Énergie | Part d’énergie non renouvelable consommée et produite, intensité énergétique dans les secteurs à fort impact climatique |
| Nature | Activités dans des zones sensibles sur le plan de la biodiversité, rejets dans l’eau, déchets dangereux et radioactifs |
| Social et gouvernance | Violations des principes du Pacte mondial des Nations unies et des principes directeurs de l’OCDE, absence de processus de contrôle, écart de rémunération entre hommes et femmes non corrigé, mixité au sein du conseil, armes controversées |
Beaucoup de ces indicateurs ne sont pas publiés par les entreprises non cotées. C’est pourquoi le fonds vous les demande directement, souvent au moyen d’un questionnaire annuel. Si les émissions vous semblent le point le plus difficile, commencez par notre guide sur les Scopes 1, 2 et 3 avec des exemples.
SFDR 2.0 : ce que propose la Commission et où en est le texte
Le 20 novembre 2025, la Commission européenne a proposé une révision en profondeur du SFDR. L’idée de fond est que les articles 8 et 9 ont été utilisés comme des labels commerciaux, sans critères clairs. La proposition les remplace par trois catégories volontaires de produits, chacune assortie de critères minimaux :
- durable, pour les produits qui investissent dans des activités déjà durables ;
- transition, pour les produits qui financent des entreprises et des projets engagés dans une trajectoire d’amélioration ;
- ESG basics, pour les produits qui intègrent des facteurs ESG sans remplir les exigences des deux premières.
Pour toutes les catégories, la proposition exige qu’au moins 70 % des investissements soient cohérents avec la stratégie déclarée. Elle supprime en outre l’obligation de publier, au niveau du gestionnaire, la déclaration relative aux principales incidences négatives, afin de réduire les chevauchements avec la CSRD.
En octobre 2026, le texte n’est pas encore adopté. Le Conseil a arrêté sa position de négociation en juin 2026, tandis que le Parlement européen a achevé l’examen en commission ECON en septembre. Reste la négociation finale entre les institutions. Les nouvelles règles ne devraient s’appliquer qu’après une période de transition, donc pas avant la fin de 2028. L’une des questions ouvertes porte précisément sur le nombre d’indicateurs PAI qui resteront obligatoires dans les nouvelles catégories.
Pour votre entreprise, la conclusion est pratique : même avec le SFDR 2.0, le fonds devra démontrer, données à l’appui, que ses investissements respectent les critères de la catégorie choisie. Les questions sur les émissions, l’énergie et la gouvernance demeurent.
Ce qu’on vous demande, étape par étape
Les demandes évoluent au fil de la vie de l’investissement. Savoir ce qui arrive et quand vous permet de vous préparer à temps :
| Phase | Ce que demande le fonds | Ce qu’il vaut mieux avoir prêt |
|---|---|---|
| Due diligence avant l’entrée au capital | Risques environnementaux, sociaux et de gouvernance, contentieux, autorisations, gestion des déchets | Autorisations environnementales, registres des déchets, politiques, données sur les accidents du travail et le personnel |
| Premiers mois après l’entrée au capital | Plan d’action ESG avec priorités et responsables, souvent intégré au plan des 100 premiers jours | Une situation de référence des consommations et des émissions, un interlocuteur interne |
| Suivi annuel | Questionnaire avec des KPI standard, souvent avec des échéances au premier trimestre | Données de l’année précédente sur l’énergie, les émissions, le personnel et la gouvernance, avec les sources |
| Sortie | Due diligence ESG de l’acquéreur, parfois un rapport préparé par le vendeur | Historique des indicateurs, preuves des améliorations, rapport de durabilité |
Le questionnaire annuel est le moment le plus exigeant, car il arrive en même temps que les clôtures comptables. Les mêmes questions ressemblent d’ailleurs beaucoup à celles des questionnaires ESG des banques : mieux vaut y répondre une seule fois, à partir d’une base de données unique.
Les KPI les plus demandés : les métriques EDCI
Pour éviter que chaque fonds utilise un questionnaire différent, la ESG Data Convergence Initiative (EDCI) s’est répandue dans le private equity. Elle réunit plus de 400 gestionnaires et investisseurs, et les données collectées alimentent un benchmark anonyme élaboré par le Boston Consulting Group. Les métriques de base sont :
- émissions de gaz à effet de serre Scope 1 et 2, le Scope 3 étant facultatif ;
- décarbonation, c’est-à-dire l’existence d’objectifs de réduction, par exemple validés par la SBTi ;
- énergie renouvelable dans le total des consommations ;
- diversité au sein du conseil d’administration et du management ;
- accidents du travail, jours perdus et accidents mortels ;
- créations nettes d’emplois et turnover ;
- engagement des salariés, par exemple l’existence d’enquêtes internes ;
- cybersécurité, le domaine ajouté le plus récemment.
Le calendrier compte : les gestionnaires adhérents doivent achever la collecte des données 2026 au plus tard le 30 avril 2027. En pratique, votre fonds vous demandera les chiffres de l’année qui vient de se clôturer entre janvier et mars.
Comment préparer l’entreprise
Pas besoin d’une structure dédiée pour bien répondre. Il faut une méthode reproductible :
- Une seule base de données. Collectez une fois l’énergie, les carburants, les déchets, le personnel et la gouvernance, et utilisez les mêmes chiffres pour le fonds, les banques et les clients. Vous trouverez une méthode pratique dans comment collecter et gérer les données ESG.
- Une norme reconnue. La VSME a aussi été créée pour répondre aux demandes des investisseurs et des banques : la recommandation de la Commission du 30 juillet 2025 invite ceux qui demandent des données aux PME à s’appuyer sur cette norme.
- Des calculs documentés. Les émissions doivent être calculées selon le GHG Protocol, en indiquant les facteurs d’émission et les sources. Un chiffre sans méthode ne passe pas une due diligence.
- Un interlocuteur et un calendrier. Indiquez qui collecte les données et quand, en partant des échéances du fonds.
- Des objectifs réalistes. Le fonds regarde aussi les améliorations dans le temps : un plan de réduction comportant quelques actions concrètes vaut mieux que de nombreuses promesses.
Avec Envify, vous pouvez préparer cet ensemble de données à partir des factures d’énergie, des factures et des formulaires de suivi des déchets, et générer un rapport VSME à partager avec le fonds et à réutiliser pour les autres demandes.
Les fonds de private equity demandent des données ESG parce que le SFDR les oblige à les communiquer et parce qu’elles influencent la valeur à la sortie. La réforme SFDR 2.0 est encore en négociation et ne s’appliquera pas avant la fin de 2028, mais elle ne supprimera pas les demandes. Préparez une seule base de données, calculée avec des méthodes reconnues comme la VSME et le GHG Protocol, et utilisez-la pour le fonds, les banques et les clients.

