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Réglementation7 min de lecture

Directive EED (UE) 2023/1791 : ce qui change et la transposition en Italie

La directive EED fixe pour l’UE une baisse de la consommation de 11,7 % d’ici 2030 et apporte de nouvelles obligations pour les organismes publics et les entreprises. L’Italie est en retard dans la transposition : voici ce qu’elle prévoit et où en est la situation.

La directive (UE) 2023/1791, connue sous le nom d’EED, est la nouvelle directive européenne relative à l’efficacité énergétique : elle impose de réduire la consommation d’énergie de l’UE de 11,7 % d’ici 2030 par rapport aux projections de référence et rend contraignant le principe de « primauté de l’efficacité énergétique ». Elle devait être transposée au plus tard le 11 octobre 2025, mais en octobre 2026, l’Italie n’a pas encore publié son décret d’application et a reçu le 1er octobre un avis motivé de la Commission européenne.

Ce qu’est la directive EED 2023/1791

La directive relative à l’efficacité énergétique (Energy Efficiency Directive, EED) a été adoptée le 13 septembre 2023 et est entrée en vigueur en octobre 2023. C’est une refonte : elle remplace la directive 2012/27/UE, abrogée à compter du 12 octobre 2025, et fait partie du paquet « Fit for 55 », par lequel l’Union vise à réduire ses émissions nettes d’au moins 55 % d’ici 2030.

Le raisonnement est simple : l’énergie la moins chère et la plus propre est celle que l’on ne consomme pas. C’est pourquoi la directive traite l’efficacité comme une source d’énergie à part entière, avec des objectifs contraignants et des obligations qui concernent les États, les organismes publics, les entreprises et les fournisseurs d’énergie. C’est un instrument clé de la décarbonation, aux côtés de la directive sur les énergies renouvelables et de la directive sur la performance énergétique des bâtiments.

S’agissant d’une directive, elle ne s’applique pas directement aux citoyens et aux entreprises : chaque État membre doit la transposer par sa propre loi. C’est sur ce point que l’Italie est aujourd’hui en retard.

Les objectifs 2030 et l’obligation d’économies d’énergie

L’article 4 fixe l’objectif principal : les États membres doivent garantir collectivement une réduction de la consommation d’énergie d’au moins 11,7 % en 2030 par rapport aux projections du scénario de référence de l’UE de 2020. En valeur absolue, la consommation d’énergie finale de l’Union ne doit pas dépasser 763 Mtep, avec un objectif indicatif de 992,5 Mtep pour l’énergie primaire. Chaque État indique sa propre contribution dans son plan national intégré en matière d’énergie et de climat (en Italie, le PNIEC).

L’article 8 ajoute une obligation d’économies d’énergie cumulées, c’est-à-dire de nouvelles économies chaque année, calculées sur la consommation finale moyenne des trois années précédant 2019 :

PériodeNouvelles économies annuelles exigéesRemarques
2021-20230,8 % de la consommation finaleNiveau hérité de la directive 2012/27/UE
2024-20251,3 %Première hausse prévue par l’EED
2026-20271,5 %Le niveau en vigueur aujourd’hui
2028-20301,9 %L’obligation se poursuit aussi après 2030

Les États peuvent atteindre ces économies par des mécanismes d’obligation à la charge des fournisseurs d’énergie ou par des mesures alternatives, comme des incitations et des instruments fiscaux. Une partie des économies doit provenir en priorité des ménages en situation de précarité énergétique et des clients vulnérables.

Le principe de « primauté de l’efficacité énergétique »

La nouveauté la plus transversale est le principe de « primauté de l’efficacité énergétique » (energy efficiency first). Il existait auparavant comme orientation ; avec l’EED, il devient une obligation juridique. Les États doivent évaluer les solutions d’efficacité dans les décisions de planification, de politique et d’investissement importantes, y compris en dehors du secteur de l’énergie, et les privilégier lorsqu’elles sont plus avantageuses que de nouvelles capacités de production ou de réseau.

Pour les entreprises, l’effet est indirect mais concret : appels à projets, incitations, autorisations et grands investissements publics tendront à récompenser ceux qui réduisent la demande d’énergie avant d’augmenter l’offre.

Secteur public : consommations, bâtiments et marchés

La directive demande au secteur public de montrer l’exemple, avec trois obligations principales :

  • réduction des consommations : la consommation d’énergie finale de l’ensemble des organismes publics, pris globalement, doit baisser d’au moins 1,9 % par an par rapport à 2021 ;
  • rénovation des bâtiments : chaque année, au moins 3 % de la surface des bâtiments publics de plus de 250 m² qui ne sont pas à consommation d’énergie quasi nulle doit être rénovée pour devenir à émissions nulles ou au moins à consommation d’énergie quasi nulle, sur la base d’un inventaire public des bâtiments ;
  • marchés publics : les administrations doivent acheter des produits, services, bâtiments et travaux à haute efficacité énergétique et appliquer le principe de primauté de l’efficacité énergétique dans les appels d’offres.

Ce dernier point concerne aussi directement les fournisseurs privés : ceux qui répondent aux appels d’offres publics devront de plus en plus souvent démontrer des performances énergétiques documentées, comme c’est déjà le cas avec les critères environnementaux dans les appels d’offres.

Ce qui change pour les entreprises

Pour les entreprises, le changement le plus important se trouve à l’article 11 : les obligations d’audit et de management de l’énergie ne dépendent plus de la taille de l’entreprise mais de ses consommations. Au-delà de 10 TJ de consommation annuelle moyenne, il faut un audit énergétique au moins tous les quatre ans, avec un plan d’action à publier ; au-delà de 85 TJ, il faut un système de management de l’énergie certifié. Seuils, échéances et exemptions sont expliqués dans le guide sur l’obligation d’audit énergétique en 2026.

Les autres chapitres qui concernent les entreprises :

  • data centers : depuis 2024, les exploitants de centres de données d’au moins 500 kW de puissance informatique installée doivent communiquer chaque année des indicateurs de performance énergétique à une base de données européenne, comme l’explique l’article sur la nouvelle notation de l’UE des data centers ;
  • chaleur fatale : les nouvelles installations, ou celles qui font l’objet d’une rénovation substantielle, au-delà de certaines puissances (par exemple les installations industrielles de plus de 8 MW de puissance moyenne absorbée) doivent réaliser une analyse coûts-avantages sur l’utilisation de la chaleur fatale ;
  • services énergétiques : la directive renforce la qualification des auditeurs et des prestataires de services énergétiques et promeut les contrats de performance énergétique ;
  • PME : les États doivent mettre en place des programmes qui encouragent et soutiennent techniquement les PME non soumises à l’obligation à réaliser des audits volontaires et à en appliquer les recommandations, et peuvent y ajouter des aides financières.

Pour les entreprises qui publient un reporting de durabilité, la directive encourage aussi à publier les consommations d’énergie et d’eau dans le rapport annuel : des données qui coïncident avec celles exigées par la norme VSME et par le calcul des émissions de Scope 2.

Transposition en Italie : où en est-on

Le délai général de transposition était fixé au 11 octobre 2025, avec des dates spécifiques pour certaines dispositions. En octobre 2026, voici la situation :

  • en novembre 2025, la Commission a adressé des lettres de mise en demeure à 26 États membres, dont l’Italie, pour transposition incomplète ;
  • un projet de décret législatif daté d’octobre 2025 a circulé ; il réécrit le cadre national et devrait remplacer le D.Lgs. 102/2014, mais le texte définitif n’a pas été publié à la Gazzetta Ufficiale ;
  • le 1er octobre 2026, la Commission a adressé à l’Italie, ainsi qu’à la Grèce, à l’Espagne et à Malte, un avis motivé (procédure INFR(2025)0334) : le pays dispose de deux mois pour répondre et achever la transposition, faute de quoi l’affaire peut être portée devant la Cour de justice de l’UE.

En attendant, les règles du D.Lgs. 102/2014 restent en vigueur pour les entreprises, avec l’obligation d’audit pour les grandes entreprises et les énergo-intensives. Une directive non transposée n’impose en principe pas d’obligations directement sanctionnables aux particuliers et aux entreprises, mais le cadre peut évoluer rapidement : un décret publié à l’approche des échéances européennes laisserait peu de temps pour se mettre en conformité.

Que faire maintenant

Inutile d’attendre le décret pour se préparer. Les actions utiles sont les mêmes dans tous les scénarios :

  1. Reconstituez les consommations d’énergie des trois dernières années, par site et par vecteur, à partir des factures d’énergie et des factures.
  2. Calculez la moyenne sur trois ans en TJ et comparez-la aux seuils de 10 et 85 TJ.
  3. Si vous êtes proche des seuils, évaluez s’il est préférable de réaliser un audit volontaire ou d’adopter un système de management de l’énergie.
  4. Reliez les données énergétiques à votre inventaire des émissions et à un plan de réduction, pour que le même travail serve à la réglementation, aux clients et aux banques.
  5. Suivez la publication du décret à la Gazzetta Ufficiale et les indications opérationnelles de l’ENEA.
L'essentiel

La directive EED fixe une baisse de la consommation de 11,7 % d’ici 2030, une obligation d’économies qui monte à 1,9 % par an et le principe de primauté de l’efficacité énergétique. Pour les entreprises, c’est surtout l’article 11 qui compte, avec des obligations liées aux consommations. L’Italie n’a pas encore achevé la transposition : pour l’instant, ce sont les règles du D.Lgs. 102/2014 qui s’appliquent.

Questions fréquentes

Que signifie EED ?
EED signifie Energy Efficiency Directive, la directive européenne relative à l’efficacité énergétique. La version actuelle est la directive (UE) 2023/1791, qui a remplacé la directive 2012/27/UE.
Quel est l’objectif de la directive 2023/1791 ?
Réduire la consommation d’énergie de l’UE d’au moins 11,7 % en 2030 par rapport aux projections du scénario de référence de 2020, avec un plafond de 763 Mtep d’énergie finale. Chaque État y contribue avec son propre plan national.
L’Italie a-t-elle transposé la directive EED ?
En octobre 2026, pas encore entièrement. Le délai était fixé au 11 octobre 2025 ; un projet de décret législatif a circulé et, le 1er octobre 2026, la Commission européenne a adressé un avis motivé à l’Italie.
La directive EED concerne-t-elle aussi les PME ?
Oui, si leurs consommations dépassent les seuils : l’obligation d’audit s’applique au-delà de 10 TJ de consommation annuelle moyenne, quelle que soit la taille. Pour les autres PME, la directive prévoit des programmes de soutien aux audits volontaires.
Quelle différence entre la directive EED et l’EPBD ?
L’EED porte sur l’efficacité énergétique en général : objectifs nationaux, secteur public, entreprises et services énergétiques. L’EPBD, surnommée en Italie directive « case green », porte sur la performance énergétique des bâtiments.

Sources et lectures complémentaires

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